

Credit : Studio Harcourt 1957.
Georges Brassens : 5 chansons libertaires qui dérangent encore.
Georges Brassens (1921–1981) est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson française. Derrière son air bonhomme, sa voix grave et sa guitare inimitable se cache un esprit libre, farouche défenseur de la justice et de la liberté individuelle. Ses textes, à la fois drôles et profonds, abordent les travers de la société avec élégance et impertinence. À travers un parcours de vie marqué par la guerre, l’antimilitarisme, l’anticléricalisme et la solidarité, Brassens a toujours dénoncé les abus de pouvoir et célébré les marges de la société. Cet article retrace son itinéraire engagé et décrypte cinq de ses chansons les plus emblématiques.
Un enfant de Sète bercé par la liberté
Né le 22 octobre 1921 à Sète, dans l’Hérault, Georges Brassens est issu d’une famille modeste : son père Gustave est employé des postes, sa mère Elvira Lina d’origine italienne est au foyer. Très tôt, Brassens montre une sensibilité artistique : passionné de littérature, il apprend le violon avant de se tourner vers la guitare, grâce à laquelle il composera la quasi-totalité de son œuvre.
À l’adolescence, Brassens fréquente assidûment la bibliothèque municipale de Sète, dévore les classiques et se nourrit des poètes : Verlaine, Rimbaud, Apollinaire. Il découvre aussi la musique populaire et les chansonniers parisiens tels que Aristide Bruant et parfois des chants anarchistes, qui le marqueront durablement.
Mobilisé en 1939, Brassens est blessé et démobilisé. Refusant toute collaboration, il est brièvement emprisonné pour insoumission. Cette expérience renforce son pacifisme et son rejet de toute autorité injuste : deux thèmes qui irrigueront nombre de ses chansons.
En 1947, Brassens quitte Sète pour la capitale. Il rencontre dans le quartier de Montparnasse le poète-scénariste Pierre Louki, puis le duo Patachou–Pierre Brasseur. C’est chez Patachou, en 1952, qu’il fait ses débuts scéniques. La chanteuse le présente aux critiques, et ses premiers 78 tours connaissent un succès immédiat.
Les grandes lignes de son engagement
L’anarchisme poétique
Brassens ne revendique jamais ouvertement l’étiquette « anarchiste », mais ses convictions libertaires transparaissent dans ses textes : défi des institutions (Église, armée, justice), exaltation de la liberté individuelle et mise en lumière des marginaux.
Pacifisme et antimilitarisme
Après l’expérience de la guerre, il récuse toute glorification des conflits. Dans « Le Gorille », il détourne avec humour la question de la peine de mort et vilipende l’arbitraire de la justice. À travers ce récit grinçant, il met en scène un juge confronté à sa propre morale.
Anticléricalisme et question sociale
Brassens n’épargne pas l’Église, soupçonnée de jouer un rôle moral oppressif. Dans « Supplique pour être enterré à la plage de Sète », il préfère l’éternité au grand air plutôt que le carcan d’une sépulture religieuse. Il dénonce aussi la misère et la condition des femmes « immorales », à travers des portraits empreints de tendresse, comme dans « Fernande ».
Solidarité et fraternité
Le lien d’amitié et de loyauté est central dans son univers. Brassens chante ses « Copains d’abord » en ode à la fidélité, célébrant le soutien mutuel plus fort que tout. Il se range volontiers du côté des humbles et des exclus, leur donnant une voix et une beauté poétique.
5 chansons emblématiques de Brassens
« La Mauvaise Réputation » (1952)
Thème et contexte :
Dès son premier album, Brassens se présente comme l’indigné du village : il refuse les conventions, dérange les notables et fait « fausse route ».
Extrait marquant :
« Constaté fausse route / Pas de viande aux repas / Christ sur la croix, je hais le cresson »
Engagement :
Par ce texte, il revendique la liberté de penser et de vivre à sa guise, sans se soumettre aux attentes d’une société normative. Ce pamphlet joyeux a contribué à forger sa réputation de dandy rebelle.
« Le Gorille » (1955)
Thème et contexte :
Inspiré de la crainte populaire envers la peine de mort, ce conte grinçant décrit un gorille s’échappant de son enclos et bouleversant l’ordre établi.
Extrait marquant :
« Le juge et son président / Sont soudain pris de panique … »
Engagement :
Brassens critique vertement la justice pénale et l’absurde châtiment ultime : la pendaison. Le retournement de situation, où le jugé devient juge, offre une satire puissante de l’arbitraire judiciaire.
« Les Copains d’abord » (1964)
Thème et contexte :
Hymne à l’amitié, cette chanson est dédiée au marin Albert Rivière, fidèle ami du poète.
Extrait marquant :
« Non, ce n’était pas le radeau / De la Méduse, ce bateau / Qu’on se le dise au fond des ports / Les copains d’abord »
Engagement :
Au-delà de la célébration de l’amitié, Brassens valorise les liens humains simples et authentiques, opposés aux ambitions égoïstes et à la réussite matérielle. Ce texte reflète sa vision d’une société basée sur la solidarité.
« Fernande » (1953)
Thème et contexte :
Brassens y décrit le parcours d’une femme marginale, « mi prostituée, mi salope », selon l’expression crue du narrateur.
Extrait marquant :
« Elle m’ouvrit l’autre matin / Son cœur mal ficelé »
Engagement :
Avec sensibilité et humour, Brassens déconstruit les préjugés sur la prostitution et montre la tendresse qu’il porte aux êtres exclus. Cette empathie pour les « chemins de traverse » illustre son humanisme.
« Supplique pour être enterré à la plage de Sète » (1966)
Thème et contexte :
Dans cette élégie, Brassens présente son ultime souhait : reposer sous les étoiles plutôt qu’entre quatre murs de pierre.
Extrait marquant :
« Foutez-moi à la porte de cette cathédrale / Grande comme une église funéraire »
Engagement :
Il dénonce la pompe funèbre et l’ostentation religieuse, préférant la sobriété et le contact avec la nature. Ce chant réaffirme sa méfiance envers les autorités institutionnelles et son amour pour sa ville natale.
L’héritage de Brassens chez les artistes d’aujourd’hui
Georges Brassens reste une référence incontournable, cité par des générations de chanteurs qui reprennent ses textes ou s’inspirent de son style. Son influence se lit chez Renaud (son sens de la satire sociale), Bénabar (son humour tendre) et même chez des artistes de rap conscient, admirant son habileté à mêler poésie et critique sociale. Les festivals et hommages se multiplient, et ses disques se vendent toujours.
À travers son parcours, de l’adolescent rêveur de Sète au pilier de la chanson française, Georges Brassens a fait de la liberté son credo. Anarchiste doux, poète des marges, humaniste engagé, il a laissé une œuvre où chaque mot compte, où chaque note sert la cause des opprimés, où l’humour rime avec la rébellion. Ses cinq chansons phares illustrent ses combats : pour l’amitié, contre la censure, pour la justice plus humaine et la défense des exclus. Deux générations après sa disparition, Brassens continue d’enseigner la grandeur de la simplicité et la puissance de la parole.
Plongez dans l’univers de Brassens et laissez-vous porter par ses vers : le meilleur antidote contre la morosité du monde.
Même combat, autre voix : Jean Ferrat, la liberté comme colonne vertébrale.
Sous la moustache et la guitare, Brassens cachait une vraie bombe à idées.
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