Rita Lee : 5 chansons pour comprendre l’âme rebelle du Brésil.

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 Credit : IVO BARRETTI/ ESTADÃO CONTEÚDO

🎤Rita Lee : 5 chansons pour comprendre l’âme rebelle du Brésil.

En 2025, la France se met aux couleurs du Brésil : festivals, expositions, concerts, littérature… et, bien sûr, musique.
Et dans la playlist de cette année culturelle, impossible de ne pas inviter Rita Lee.

Rita Lee, c’est la rockeuse qui a mis du rouge à lèvres au tropicalisme, du rock dans la samba et du féminisme dans la MPB (Música Popular Brasileira).
Elle a tout fait : icône pop, militante anti-dictature, voix des femmes qui ne s’excusent pas d’être libres… et même complice des chiens (elle se disait “plus canine qu’humaine”).

Le Brésil a ses monuments : le Christ Rédempteur, le carnaval, la bossa nova, la feijoada… et Rita Lee.

Pour célébrer l’Année du Brésil en France, voici 5 chansons engagées qui racontent pourquoi Rita Lee est bien plus qu’une chanteuse : c’est une trouble-fête professionnelle qui s’assume pleinement.


1. Ovelha Negra (1975)La brebis noire de la famille

« Eu sempre fui diferente, acho que sempre fui rebelde. »
(“J’ai toujours été différente, je crois que j’ai toujours été rebelle.”) – Rita Lee

Ce que vous croyez entendre : une confession de vilain petit canard, un peu rock, un peu introspective.
Ce que ça dit vraiment : un manifeste pour toutes celles qui refusent de marcher au pas de la “bonne fille” que la société attend.

Rita Lee se définit ici comme “l’ovelha negra” – la brebis noire, celle qu’on regarde de travers dans les dîners de famille. Le morceau sort en pleine dictature militaire brésilienne, et c’est plus qu’un autoportrait : c’est un drapeau pour toutes les femmes qui choisissent leur propre route.

La chanson devient culte auprès des jeunes Brésiliennes qui n’en peuvent plus de plier l’échine. Elle ouvre une brèche : on peut être une femme, faire du rock, parler haut et fort… et survivre au jugement.


2. Banho de Espuma (1983)Un bain moussant, mais pas que…

« Ser mulher é ser múltipla. Podemos ser românticas e selvagens, doces e ferozes. »
(“Être femme, c’est être multiple. On peut être romantique et sauvage, douce et féroce.”) – Rita Lee

Ce que vous croyez entendre : une chanson légère sur le plaisir sensuel d’un bain, ambiance pub pour gel douche.
Ce que ça dit vraiment : une métaphore pour le droit au plaisir féminin, à l’intimité choisie, loin des clichés.

Derrière la sensualité apparente, Rita Lee revendique un espace à elle, un moment de détente qui n’a rien à voir avec le regard masculin. Dans un Brésil où parler de sexualité féminine reste tabou dans les années 80, elle ose chanter le plaisir… sans permission.

Et c’est tout Rita : utiliser un sujet “mignon” pour envoyer un message de libération totale.


3. Arrombou a Festa (1976)L’invitée qui sabote la soirée

« A música também é arma. Podemos sorrir enquanto detonamos. »
(“La musique est aussi une arme. On peut sourire en faisant tout sauter.”) – Rita Lee

Ce que vous croyez entendre : un morceau funky sur quelqu’un qui débarque à une fête et met le bazar.
Ce que ça dit vraiment : une critique joyeuse du showbiz brésilien, de ses hypocrisies et de ses stars en carton.

Coécrite avec Roberto de Carvalho, la chanson cartonne… au point d’être censurée à la télévision. Elle dénonce les faux-semblants, les “amis” de circonstance, et l’obsession pour l’image. Rita Lee s’y moque de la superficialité avec un groove irrésistible.

C’est du punk en robe à paillettes : on danse, et on s’aperçoit ensuite qu’on vient de piétiner le tapis rouge.


4. Mania de Você (1979)L’obsession assumée

« O amor é liberdade, mas também é posse se você quiser que seja. »
(“L’amour, c’est la liberté, mais c’est aussi la possession si vous le voulez.”) – Rita Lee

Ce que vous croyez entendre : une chanson d’amour sucré, parfaite pour un slow tropical.
Ce que ça dit vraiment : un discours franc sur le désir féminin, l’obsession, et l’égalité des rôles dans la passion.

Dans ce titre, Rita Lee inverse les codes : la femme chante son désir avec autant d’aplomb que le feraient les hommes. Elle n’est pas dans l’attente, elle est dans la revendication.

En 1979, c’est révolutionnaire dans la MPB. Et ça le reste encore aujourd’hui dans beaucoup de cultures.


5. Amor e Sexo (2003)La leçon en trois minutes

« Amor é divino, sexo é animal. »
(“L’amour est divin, le sexe est animal.”) – Rita Lee

Ce que vous croyez entendre : une chanson qui compare amour et sexe sur un ton malicieux.
Ce que ça dit vraiment : une déconstruction joyeuse des tabous, avec humour et précision chirurgicale.

Rita Lee s’amuse à lister les différences, les nuances, les contradictions. Elle refuse l’opposition simpliste entre romantisme et désir. Et surtout, elle fait ce que peu d’artistes osent encore : parler du corps et du plaisir sans détour, en assumant chaque mot.

Un hymne féministe qui se danse – et qui laisse un sourire complice sur les lèvres.


🎁 Bonus : Lança Perfume (1980)Quand la fête devient manifeste

« Se não pode com ele, junte-se a ele. »
(“Si vous ne pouvez pas le battre, rejoignez-le.”) – Rita Lee

Ce que vous croyez entendre : une ode disco-funk à l’euphorie brésilienne, parfaite pour le carnaval.
Ce que ça dit vraiment : un clin d’œil irrévérencieux à la culture de la fête… et à ses excès, entre parfum et poudre interdite.

“Lança perfume”, c’est à la fois un spray parfumé utilisé au carnaval… et, par jeu de mots, une référence à une drogue. Rita Lee, maligne, transforme cette double signification en hymne à la liberté festive. Résultat : un tube énorme… et un parfum de scandale.

En France, on dirait : “elle met le feu à la piste tout en sifflotant un pied-de-nez au politiquement correct”.


🎯 Pourquoi Rita Lee reste essentielle en 2025

Ces chansons montrent l’éventail de son engagement :

  • Féminisme joyeux (Ovelha Negra, Mania de Você)
  • Critique sociale et politique (Arrombou a Festa)
  • Libération sexuelle et intime (Banho de Espuma, Amor e Sexo)
  • Provocation festive (Lança Perfume)

Rita Lee n’a jamais fait la leçon : elle a toujours préféré le rire, l’autodérision et la provocation artistique. Mais derrière le vernis pop et les mélodies entêtantes, ses textes sont des outils d’émancipation.

En cette Année du Brésil en France, la redécouvrir, c’est aussi comprendre que le Brésil ne se résume pas à la samba et à la bossa nova. Il y a aussi des riffs électriques, des paroles qui mordent, et une rockeuse en bottes rouges qui continue, même disparue, à secouer les consciences.

Rita Lee nous a quittés en mai 2023, laissant derrière elle bien plus que des chansons engagées. Elle a légué un état d’esprit : celui d’une femme qui a traversé la dictature, la censure, les jugements moraux… sans jamais renoncer à rire, à aimer et à provoquer.

Elle disait :

« Eu nunca fui boazinha. E é assim que quero ser lembrada. »
(“Je n’ai jamais été une gentille fille. Et c’est ainsi que je veux qu’on se souvienne de moi.”)

Alors, où que vous soyez, Rita, merci pour les refrains qui piquent et qui soignent, pour les éclats de rire et les coups de gueule, pour avoir prouvé qu’une femme peut être rock, tendre, politique, sensuelle… et immortelle.


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