

Marianne Faithfull et « The Ballad of Lucy Jordan » : la tragédie douce-amère d’une femme oubliée.
Parce que certaines histoires méritent d’être partagées, nous avons exceptionnellement ouvert cet article Premium. Bonne lecture… et bienvenue dans les coulisses. ❤️
Une chanson, deux mondes.
Sortie en 1979 sur l’album Broken English, “The Ballad of Lucy Jordan” est sans doute l’une des chansons les plus marquantes de la carrière de Marianne Faithfull, et un chef-d’œuvre de la chanson engagée au féminin.
Initialement écrite par Shel Silverstein en 1974 pour le groupe Dr. Hook & the Medicine Show, la chanson ne rencontre pas le succès à l’époque. Il faudra attendre la reprise bouleversante de Marianne Faithfull cinq ans plus tard pour que le titre devienne une icône musicale et féministe.
Une histoire poignante, universelle et désespérément contemporaine
Lucy Jordan, c’est l’histoire d’une femme de 37 ans qui, au réveil dans sa banlieue aseptisée, réalise que ses rêves de jeunesse ne se réaliseront jamais. Elle ne roulera jamais dans une décapotable à Paris, le vent dans les cheveux. Elle ne vivra jamais la liberté romantique qu’elle s’était imaginée. La chanson décrit avec une précision glaçante cette prise de conscience existentielle, commune à de nombreuses femmes de l’époque…et toujours actuelle.
“At the age of thirty-seven she realized she’d never ride through Paris in a sports car with the warm wind in her hair.”
Une interprétation magistrale portée par une voix brisée
La version de Marianne Faithfull se distingue par sa voix rauque et usée, qui semble porter tout le poids de la désillusion. Ex-star pop des années 60, muse des Rolling Stones, Faithfull revient de loin : drogues, marginalisation, chute sociale… Et c’est justement ce vécu personnel qui donne à The Ballad of Lucy Jordan une puissance inégalée.
« Je n’ai pas chanté Lucy Jordan. J’étais Lucy Jordan. » – Marianne Faithfull, interview 1980
Son timbre grave, sa diction lente et ses silences entre les phrases font de cette chanson un cri contenu, une forme de poésie désespérée sur fond d’aliénation féminine.
Lucy Jordan : figure tragique d’un féminisme lucide
Le morceau s’inscrit dans un contexte bien précis : celui du féminisme de la deuxième vague. Dans les années 70, des voix s’élèvent pour dénoncer le mal-être des femmes au foyer, confinées à des rôles d’épouse et de mère, dépossédées de leur subjectivité.
“The problem that has no name” — Betty Friedan, The Feminine Mystique, 1963
Lucy Jordan, c’est la femme qui se réveille trop tard, piégée dans une vie qu’elle n’a pas vraiment choisie. Le quotidien est décrit comme blanc, neutre, sans contraste : une banlieue calme, trop calme. Tout y est aseptisé, jusqu’à l’âme de l’héroïne.
Une montée dramatique vers la folie
La chanson suit une progression narrative poignante. Après la prise de conscience initiale, Lucy monte sur le toit. Est-ce une tentative de suicide ? Une fuite symbolique ? Le texte reste volontairement flou, mais l’image est forte.
Elle est ensuite emmenée « dans une voiture blanche », interprétée souvent comme un véhicule d’asile psychiatrique. Mais Faithfull la chante sans drame : c’est presque une libération. Pour la première fois, Lucy quitte son foyer.
Une chanson culte popularisée par “Thelma & Louise”
En 1991, le film Thelma et Louise redonne une nouvelle jeunesse à la chanson. Le parallèle est évident : deux femmes qui échappent à leurs vies contraintes, dans une cavale tragique et libératrice.
The Ballad of Lucy Jordan devient alors un hymne à la rupture avec le destin imposé, et à la douleur sourde des femmes qui se rendent compte qu’il est trop tard.
🔁 De nombreuses reprises, mais une seule incarnation
Si la chanson a été reprise par plusieurs artistes, aucune version n’égale celle de Marianne Faithfull. Sa voix abîmée, ses silences, ses cassures : tout dans son interprétation incarne Lucy Jordan.
Pourquoi publier cet article aujourd’hui ?
Parce que The Ballad of Lucy Jordan parle de désillusion, de genre, de rêves brisés, de folie douce, de résistance intime. Et parce que sa résonance avec les débats actuels sur la santé mentale féminine, la charge mentale et le regret existentiel est toujours aussi saisissante.
🖤 En mémoire de Marianne Faithfull : une voix brisée devenue légende
Marianne Faithfull nous a quittés le 30/01/25, mais sa voix, elle, ne s’éteindra jamais. Grave, rauque, profondément humaine, elle portait en elle des blessures, des combats, des vérités que peu osaient chanter. Avec The Ballad of Lucy Jordan, elle n’a pas simplement interprété une chanson : elle a donné un visage et une voix à des millions de femmes invisibles, enfermées dans des vies trop étroites pour leurs rêves.
Son parcours chaotique, entre fulgurances et ténèbres, force le respect. De muse des sixties à prophétesse désenchantée des années 70, elle a toujours chanté du côté des fragiles, des perdues.
« J’ai été l’ange et le démon, la princesse et la gueuse. Aujourd’hui je suis simplement une femme qui a survécu. » — Marianne Faithfull
À travers Lucy Jordan, c’est aussi elle-même qu’elle a libérée. Et c’est sans doute pour cela que cette chanson nous touche toujours autant.
🎙 Merci Marianne, pour votre voix, votre courage, et cette manière unique de transformer la douleur en art.
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🎶 Si The Ballad of Lucy Jordan vous a touché, ce n’est pas un hasard.
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